La Nouvelle Humanité

 
  par Meher Baba    
 

Le plan divin
Comme à toutes les grandes époques critiques de l’histoire de l’homme, l’humanité vit actuellement les douleurs intenses d’une renaissance spirituelle. De grandes forces de destruction sont à l’oeuvre et semblent dominer pour le moment, mais des forces constructrices et créatrices sont également libérées par différents canaux. Bien que le travail de ces forces de lumière se fasse surtout en silence, ces dernières amèneront un jour les transformations qui rendront le progrès spirituel de l’humanité ferme et assuré.

Tout ceci fait partie du plan divin, qui offrira au monde affamé et épuisé, un nouvel apport de l’unique et éternelle Vérité.

 

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La guerre : symptôme de causes plus graves
A présent, le problème urgent auquel l’humanité se trouve confrontée, est celui de trouver les moyens et les manières d’éliminer la compétition, les conflits, et la rivalité sous toutes les formes grossières ou subtiles qu’ils peuvent revêtir dans les différentes sphères de la vie. Les guerres militaires sont bien sûr les sources les plus évidentes de chaos et de destruction. Cependant, les guerres ne constituent pas en elles-mêmes le problème central de l’humanité ; elles sont plutôt les symptômes externes de quelque chose de bien plus grave à leur origine. Ni les guerres, ni la souffrance qu’elles apportent, ne peuvent être évitées complètement par simple propagande pacifiste. Pour les faire disparaître de l’histoire humaine, il faudra s’attaquer à la cause qui est à leur racine. Même en dehors des guerres militaires, les hommes, individuellement ou en groupes, sont constamment en guerre les uns contre les autres sur le plan économique ou de toute autre manière plus subtile. Les guerres armées, avec tout leur cortège de cruautés, ne se déclarent que lorsque ces causes sous-jacentes s’aggravent.

L’égoïsme et l’intérêt personnel
La cause fondamentale du chaos qui dégénère en guerre réside dans le fait que la plupart des gens sont sous l’emprise de l’égoïsme et de considérations égocentriques, et qu’ils expriment leur égoïsme et leur intérêt personnel individuellement et collectivement. Cette vie aux valeurs illusoires est celle dont l’homme est prisonnier. Etre face à face avec la vérité, c’est réaliser que la vie est Une, dans et à travers la multiplicité de ses manifestations. Comprendre ceci, c’est oublier le moi limitateur et réaliser l’unité de la vie.

Les guerres ne sont ni nécessaires ni raisonnables
Lorsque la vraie compréhension naîtra, le problème des guerres disparaîtra immédiatement. Il faut voir clairement que les guerres ne sont ni nécessaires, ni raisonnables, et que la question urgente n’est donc plus de savoir comment les arrêter, mais comment déclarer spirituellement la guerre à l’attitude d’esprit qui est responsable d’un état de choses aussi cruel et douloureux. A la lumière de la vérité et de l’unité de toute vie, l’action coopérante et harmonieuse devient naturelle et inévitable. La tâche principale, pour ceux qui se sentent profondément concernés par la reconstruction de l’humanité, est donc de faire tout leur possible pour dissiper l’ignorance spirituelle qui enveloppe l’humanité.

L’équilibre matériel requiert une compréhension spirituelle
Les guerres ne proviennent pas de la seule recherche d’un équilibre matériel. Elles sont souvent le résultat d’une identification sans discernement avec des intérêts étroits que l’on associe à cette partie du monde que l’on considère comme « sienne ». La recherche d’un équilibre matériel n’est qu’une fraction du problème plus vaste de la recherche de l’équilibre spirituel. Ce dernier exige que l’on élimine le moi, non seulement des aspects matériels de la vie, mais aussi des domaines qui concernent la vie intellectuelle, émotionnelle et culturelle de l’homme. Réduire le problème de l’humanité à une simple question de besoins alimentaires, c’est abaisser l’humanité au niveau de l’animalité. Mais même si l’homme se donne pour tâche unique d’assurer un équilibre purement matériel, il ne peut y parvenir que grâce à une compréhension spirituelle. L’équilibre économique n’est possible que si les gens réalisent que dans ce domaine il ne peut y avoir ni organisation ni coopération tant que l’intérêt personnel n’aura pas été remplacé par l’amour et le don de soi. Sans cela, le meilleur des équipements, et la meilleure des efficacités dans les domaines matériels n’éviteront à l’humanité ni conflits, ni insuffisance.

La Juste place de la science
La Nouvelle Humanité qui émerge des luttes et des souffrances actuelles n’ignorera pas la science ni ses applications pratiques. C’est une erreur de considérer la science comme anti-spirituelle. La science est une aide ou une entrave à la spiritualité selon l’usage qu’il en est fait. Tout comme l’art véritable exprime la spiritualité, la science, quand elle est maniée avec justesse, peut être l’expression et l’accomplissement de l’esprit. Les vérités scientifiques qui concernent le corps physique et sa vie dans le monde grossier peuvent devenir, pour l’âme, les moyens de se connaître elle-même ; mais pour atteindre ce but, elles doivent être correctement incluses dans une compréhension spirituelle plus vaste. Ceci signifie une solide perception des valeurs vraies et durables. Sans cette compréhension spirituelle, les vérités et les réalisations scientifiques risquent de servir la destruction mutuelle et de promouvoir un mode de vie tendant à renforcer l’aliénation de l’esprit. L’humanité ne peut progresser dans toutes les directions que si la science et la religion avancent main dans la main.

Nécessité de l’expérience spirituelle
La civilisation de la Nouvelle Humanité qui vient, ne sera pas animée de doctrines sèches et intellectuelles, mais de l’expérience spirituelle vivante. L’expérience spirituelle détient les vérités les plus profondes qui sont inaccessibles à l’intellect seul ; elle ne peut naître uniquement de l’intellect.

Celui-ci peut énoncer et exprimer la vérité spirituelle et il peut, certes, aider à la communication de l’expérience spirituelle. Mais à lui tout seul, l’intellect ne suffit pas pour permettre à l’homme de vivre l’expérience spirituelle ou de la communiquer aux autres. Si deux personnes ont déjà eu une migraine, elles peuvent ensemble examiner leur expérience de la migraine et se la décrire mutuellement au moyen de l’intellect. Mais si une personne n’a jamais fait cette expérience, aucune explication intellectuelle ne pourra suffir pour lui faire comprendre ce qu’est une migraine.

L’explication intellectuelle ne peut jamais remplacer l’expérience spirituelle ; tout ce qu’elle peut faire au mieux, c’est lui préparer le terrain.

Nature et lieu de l’expérience spirituelle
L’expérience spirituelle dépasse le seul entendement intellectuel. Cette constatation fait souvent l’objet d’une description que l’on appelle expérience mystique. Le mysticisme est fréquemment considéré comme étant quelque chose d’antiintellectuel, d’obscur et de confus ou bien de peu pratique et sans rapport avec l’expérience. En fait, le vrai mysticisme n’est rien de tout cela. Il n’y a rien d’irrationnel dans le vrai mysticisme quand il est, comme il devrait être, une vision de la réalité. C’est une forme de perception absolument claire, et si pratique qu’elle peut se vivre à chaque moment de la vie, et s’exprimer dans les devoirs de chaque jour. Ses liens avec l’expérience sont si profonds qu’n fait, c’est la compréhension définitive de l’expérience tout entière. Quand il est dit de l’expérience spirituelle qu’elle est mystique, il ne faut pas en déduire qu’il s’agit de quelque chose de surnaturel ou de complètement hors de la portée de la conscience humaine. Cela veut simplement dire qu’elle n’est pas accessible à l’intellect humain limité tant que celui-ci n’a pas dépassé ses limites et n’est pas illuminé par la réalisation directe de l’Infini.

Jésus Christ a montré le chemin de l’expérience spirituelle lorsqu’Il a dit : « Quitte tout et suis-moi ». Ceci signifie que l’homme doit abandonner ce qui le limite et s’établir dans la vie infinie de Dieu. L’expérience spirituelle réelle n’implique pas seulement la réalisation de la nature de l’âme au fur et à mesure que celle-ci traverse les plans supérieurs de conscience ; elle est aussi une attitude juste envers les devoirs de ce monde. Si elle perd contact avec les différentes phases de la vie, il s’agit alors d’une réaction névrotique qui est loin d’être une expérience spirituelle.

On ne peut trouver l’expérience spirituelle dans la fuite
L’expérience spirituelle qui redonnera vie et énergie à la Nouvelle Humanité ne peut être une simple réaction aux exigences rigoureuses et sans compromis que les réalités de la vie nous imposent. Ceux qui n’ont pas la capacité de s’adapter au flux de la vie, ont tendance à reculer devant les réalités de celle-ci et à chercher asile et protection dans une forteresse d’illusions qu’ils se sont eux-mêmes édifiée. Ce genre de réaction tente de préserver l’existence séparée en la mettant à l’abri des exigences de la vie. Elle ne peut qu’apporter une pseudo-solution aux problèmes de la vie en communiquant un faux sentiment de sécurité et d’accomplissement personnel. Ce n’est pas même une étape en avant vers la solution réelle et durable ; c’est au contraire, une déviation du vrai chemin spirituel. L’homme sera encore et toujours délogé de ses abris illusoires par les vagues toujours nouvelles et irrésistibles de la vie, et il s’attirera de nouvelles formes de souffrance s’il cherche à protéger par la fuite son existence séparative.

La Nouvelle Humanité ne s’attachera pas aux formes extérieures
On peut chercher à s’accrocher à son expérience séparative par la fuite, mais on peut aussi chercher à s’y accrocher en s’identifiant sans discernement aux formes, aux cérémonies et aux rites, ou bien encore aux traditions et aux conventions. Les formes, les cérémonies et les rites, les traditions et les conventions sont dans la plupart des cas des entraves au libre cours de la vie infinie. S’ils étaient des instruments dociles au service de l’expression de la vie illimitée, ils favoriseraient plutôt qu’ils ne freineraient l’avènement de la vie divine sur la terre. Mais ils ont surtout tendance à recueillir prestige et reconnaissance pour eux- mêmes, indépendamment de la vie qu’ils sont censés exprimer ; et dans ce cas, le moindre attachement à leur égard, finit par entraîner une diminution et une réduction formidables de la vie.

La Nouvelle Humanité vivra une vie libérée de toute limitation qui offrira un champ libre à la vie créative de l’esprit ; elle brisera l’attachement aux formes extérieures et apprendra à les subordonner aux impératifs de l’esprit. La vie limitée des illusions et des valeurs fausses sera remplacée par la vie illimitée dans la Vérité, et les limitations qui entretiennent le moi séparé dépériront au contact de la compréhension vraie.

L’identification avec un groupe étroit est une forme de moi limité
De même qu’on peut chercher à s’accrocher à son existence séparative par la fuite ou par l’identification avec des formes externes, on peut aussi chercher à s’y accrocher en s’identifiant à l’étroitesse d’une classe, d’une foi, d’une secte, d’une religion ou même à ce qui différencie un sexe de l’autre. Dans ces cas-là, la personne peut donner l’impression d’avoir perdu son existence séparative en s’identifiant à un ensemble plus vaste. Mais en fait, c’est souvent son existence séparative qu’elle exprime au moyen d’une identification de cette sorte ; celle-ci lui permet de se complaire dans le sentiment qu’elle a d’être séparée de ceux qui appartiennent à une autre classe, nationalité, croyance, secte, religion ou à l’autre sexe.

Le moi limité vit à travers les opposés
L’existence séparative naît et tire sa force de son identification à une chose spécifique et de son opposition à son contraire. L’homme peut chercher à protéger son existence séparée en s’identifiant à une idéologie plutôt qu’à une autre, ou à sa propre conception du bien plutôt qu’à l’idée qu’il se fait du mal. Ce qui résulte de l’identification avec l’étroitesse de certains groupes ou avec des idéaux restreints, n’est pas la vraie fusion du moi séparatif, elle n’en est qu’une apparence. La vraie fusion du moi limité dans l’océan de la vie universelle implique l’abandon complet de l’existence séparative sous tous ses aspects.

Espoir pour l’avenir
La majeure partie de l’humanité est entièrement sous l’emprise des tendances séparatives et dominatrices. Celui que le spectacle d’une humanité ainsi enchaînée accable, ne peut qu’être complètement désespéré pour son avenir. Mais il faut regarder plus profondément dans les réalités du présent, pour avoir une vision exacte de la détresse actuelle de l’humanité. Les possibilités réelles de la Nouvelle Humanité sont cachées aux yeux de ceux qui ne regardent qu’à la surface de la situation mondiale ; elles existent pourtant, et n’ont besoin que de l’étincelle de la compréhension spirituelle pour entrer en action et jouer pleinement leur rôle. Les forces de la débauche, de la haine et de la cupidité engendrent un chaos et des souffrances incalculables, mais ce qui sauve la nature humaine c’est que même au sein de forces perturbatrices, il existe toujours une certaine forme d’amour.

L’amour doit être libre de toute limite
Même les guerres exigent une action coopérante, mais la portée de cette coopération est artificiellement restreint par l’identification à un groupe ou à un idéal limité. Les guerres sont souvent sous-tendues par une forme d’amour, même si c’est un amour incorrectement compris. Pour que l’amour soit vraiment l’amour, il faut qu’il ne soit ni bridé ni limité. L’amour existe vraiment dans toutes les phases de la vie humaine, mais il y est latent, ou limité et empoisonné par l’ambition personnelle, l’orgueil racial, les fidélités et les rivalités étroites, l’attachement à un sexe, une nationalité, une secte, une caste ou une religion. Pour qu’ait lieu une résurrection de l’humanité, il faut que s’ouvre le cœur de l’homme afin qu’un nouvel amour puisse y naître – un amour non corrompu et entièrement libéré de la cupidité individuelle ou collective.

L’amour est essentiellement contagieux
C’est un flot d’amour immensément abondant qui fera naître la Nouvelle Humanité, et ce flot d’amour pourra jaillir grâce à l’éveil spirituel amené par les Maîtres Parfaits*. L’amour ne peut naître d’une simple détermination ; l’exercice de la volonté ne peut, dans le meilleur des cas, que rendre consciencieux. Par la lutte et l’effort nous pouvons conformer notre action extérieure à notre conception de ce qui est juste ; mais une telle action est spirituellement stérile parce qu’il lui manque la beauté intérieure de l’amour spontané.

L’amour doit jaillir spontanément de l’intérieur ; il ne peut absolument pas être amené par la force, qu’elle soit intérieure ou extérieure. L’amour et la coercition ne peuvent jamais aller de pair, mais si l’amour ne peut être forcé, il peut en revanche être éveillé par l’amour lui-même. L’amour est essentiellement contagieux ; ceux qui ont l’amour, le transmettent à ceux qui ne l’ont pas. On ne peut recevoir l’amour d’un autre qu’en y répondant par quelque chose qui est de la même nature. L’amour véritable est invincible et irrésistible. Il gagne en force et se répand jusqu’à finalement transformer tout ce qu’il touche. L’humanité accèdera à une manière nouvelle d’être et de vivre par un échange libre et direct d’amour pur entre les cœurs.

La rédemption de l’humanité passe par l’amour divin
Quand il aura été reconnu qu’il n’y a pas de plus grande exigence que l’exigence de la Vie Divine universelle – qui, sans exception, inclut chaque être et chaque chose – l’amour n’instaurera pas seulement la paix, l’harmonie, et le bonheur dans les sphères sociale, nationale et internationale, mais il brillera aussi dans toute sa pureté et sa beauté. L’amour divin est hors d’atteinte des assauts de la dualité, et il est l’expression de la divinité même. C’est par l’amour divin que la Nouvelle Humanité s’harmonisera avec le plan divin. L’amour divin ne se contentera pas d’apporter douceur impérissable et félicité infinie dans la vie personnelle, mais aussi, il rendra possible une ère de Nouvelle Humanité. Par l’amour divin, la Nouvelle Humanité apprendra l’art de vivre coopérativement et harmonieusement. Elle s’affranchira de la tyrannie des formes mortes, et libérera le flot de la vie créative de la sagesse spirituelle ; elle abandonnera toutes les illusions et s’installera dans la Vérité ; elle connaîtra la paix et le bonheur permanents ; elle sera initiée dans la vie de l’Eternité.



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