Biographie

Par Don E. Stevens

Merwan Sheriar Irani naquit en Inde, à Poona [1], le 25 février 1894. Ses parents, Sheriar et Shirin, étaient des Zoroastriens d’origine persane. Son père, Sheriar, avait consacré sa vie à la recherche de Dieu. Merwan fréquenta l’école secondaire St. Vincent ; c’était un garçon joyeux et plein d’entrain, qui excellait dans les études comme dans les activités sportives et qui ne portait pas d’intérêt particulier à la spiritualité. Un jour, cependant, un camarade de classe donna à Merwan un petit livre sur la vie de Bouddha ; bien des années plus tard, en rappelant cet incident, il fit la remarque suivante : « J’ouvris le livre à l’endroit où l’on disait que Bouddha reviendrait sous la forme de Maitreya, le Seigneur de Miséricorde. Je réalisai immédiatement : « C’est moi, en vérité » et je le ressentis au plus profond de moi- même. Puis j’oubliai totalement l’incident et les années passèrent. »

Biographie Meher Baba
 
 

Un jour de mai 1913, alors qu’il était devenu étudiant au « Deccan College » à Poona, il passa en vélo non loin de la vénérable musulmane Hazrat Babajan, l’un des cinq Maîtres Parfaits de l’époque. Elle lui fit signe d’approcher et L’embrassa sur le front, lui révélant ainsi son véritable état d’Avatar, manifestation totale de Dieu sous forme humaine.

Tout d’abord, Merwan fut comme plongé dans un état de stupeur, puis graduellement, au cours de plusieurs mois, sa conscience put se porter à nouveau sur ce qui l’entourait, jusqu’à ce qu’il fût capable de se rendre auprès du Maître Parfait Sai Baba de Shirdi, qui le dirigea à son tour vers un autre Maître Parfait, Upasni Maharaj, d’origine hindoue et résidant à Sakori. (Sai Baba n’a pas révélé son origine religieuse. Les deux autres Maîtres Parfaits de l’époque étaient le musulman Tajuddin Baba, et l’hindou Narayan Maharaj.) Upasni Maharaj mit sept ans à unir en Merwan la conscience Divine à la conscience du monde grossier, l’établissant ainsi dans Son rôle d’Avatar de l’Age. Cette mission avatarique débuta ouvertement en 1921, lorsque Merwan rassembla ses premiers disciples, qui lui donnèrent le nom de Meher Baba, ce qui signifie « Père Compatissant ».

Après des mois de travail intense avec ces disciples et de multiples voyages à travers l’Inde (y compris les régions qui forment actuellement le Pakistan et l’Iran), Meher Baba s’installa en 1923 avec ses compagnons dans un camp militaire désaffecté datant de la première guerre mondiale, situé près d’Ahmednagar, en Inde. Cet endroit est maintenant connu sous le nom de Meherabad. Là, il entreprit un certain nombre de réalisations, telles qu’un hôpital et un dispensaire gratuits, des lieux d’accueil pour les pauvres et pour les malades mentaux, et une école gratuite pour garçons de toutes religions, où l’objectif principal était la formation spirituelle. Dans cette école, le système des castes n’était pas observé, car toutes les couches sociales se trouvaient mêlées et unies dans leur amour commun pour le Maître. Meher Baba les instruisait tous régulièrement en ce qui concerne la discipline morale, la compréhension spirituelle, le service désintéressé, et par dessus tout, l’amour de Dieu.

Toutes ces activités se développèrent à un rythme rapide en dépit du silence de Meher Baba, silence qu’il entreprit le 10 juillet 1925, et qu’il avait annoncé très peu de temps auparavant. La veille de ce jour, alors qu’on lui demandait comment il pourrait enseigner et donner des dis- cours à ses disciples s’il ne parlait plus, il répondit : « Je suis venu non pas pour enseigner, mais pour éveiller. » Plus tard, au cours de l’un de ses voyages en Occident, il fit d’autres déclarations aussi incisives : « Les choses qui sont réelles sont données et révélées dans le silence » et « Si mon silence ne peut être entendu, à quoi les mots pourraient-ils servir ? ». Il abandonna également l’écriture en 1927 (sa signature mise à part), et communiqua en désignant les lettres d’une table alphabétique ; puis, en 1954, il abandonna aussi cette dernière. Il Se mit alors à converser au moyen de son système très personnel de gestes de mains. Ses Discours, et son livre Dieu Parle furent dictés au moyen de l’alphabet.

Au début des années 30, les voyages de Meher Baba le menèrent jusqu’en Europe et en Amérique. Il entra en contact avec des centaines de personnes sur les deux continents, et son nom devint rapidement connu de ceux qui s’intéressaient sincèrement et profondément à la vie spirituelle. Seuls certains d’entre eux eurent le privilège de se rendre en Inde plus tard. La durée de leurs visites allait de quelques semaines à plusieurs années, mais à la veille de la Seconde guerre mondiale, tous, à l’exception d’un tout petit nombre, reçurent l’ordre de rentrer chez eux en Occident.

Baba retourna en Occident en 1952, 1956 et 1958. Lors de ces deux derniers voyages, il Se rendit aussi en Australie. Ensuite, il ne quitta plus l’Inde et ne permit aux Occidentaux de lui rendre visite qu’en de très rares occasions. L’une de celles-ci fut la grande rencontre Orient-Occident de novembre 1962. Sur son invitation, ses fidèles affluèrent par milliers de tous les coins du globe pour se réunir à Poona. Pendant près d’une semaine, Baba se donna sans réserve. Les activités furent aussi variées que l’étaient les personnes rassemblées : brefs discours, larges assemblées, entretiens individuels, chants et prières à la louange de Dieu ; il y eut une journée de darshan public auquel participèrent une multitude d’hommes et de femmes affluant de la ville pour rendre hommage au Maître et recevoir sa bénédiction. Il est fréquemment fait référence, dans les ouvrages littéraires du monde entier, à la nécessité de fusion entre l’Orient et l’Occident. Ce rassemblement fut une rencontre d’une profonde richesse où le vaste fossé qui sépare les différentes cultures, fut comblé par le respect mutuel, l’affection et l’unité que chacun ressentait dans la louange commune de l’Avatar Bien-Aimé.

De toutes les activités que Meher Baba déploya durant ses longues années de travail avatarique, il en est une qui fut particulièrement constante : celle qui consista à rechercher et contacter les âmes ivres de Dieu, ou masts. Dans le livre de Dr. William Donkin, The Wayfarers [2], Meher Baba décrit l’état de masti (ivresse divine) avec une très grande clarté. Les masts sont des êtres qui ont perdu contact avec le monde extérieur, non pas sous l’effet d’une dépression ou par suite de folie, mais parce qu’ils sont intensément absorbés dans leur amour pour Dieu. Au cours des années 40 tout particulièrement, Meher Baba contacta des centaines de ces âmes ivres de Dieu à travers tout le sous-continent Indien, s’occupant souvent personnellement de leurs plus intimes besoins, et donnant à chacun ce que lui seul savait leur être nécessaire au cours de leur voyage vers Dieu.

Meher Baba s’est aussi personnellement mis au service des pauvres, des malades mentaux, des handicapés physiques et s’est tout particulièrement occupé des lépreux. Avec un soin et un amour infinis, il leur lavait les pieds, inclinait son front devant les pauvres moignons souvent tordus sur lesquels ils avançaient péniblement, et les laissait repartir le coeur empli d’un espoir renouvelé. « Ils sont comme de splendides oiseaux pris dans d’horribles cages. » dit-il une fois. « De toutes les tâches qui m’incombent, celle-ci est l’une de celles qui me touchent le plus profondément. »

Au cours de ses nombreux voyages et milliers de contacts à travers le monde, Meher Baba n’a cessé d’insister sur le fait qu’il n’était pas venu pour enseigner ni pour établir de nouveaux préceptes. Il a constamment répété que la Vérité a déjà été révélée par les grands êtres du passé, et que la tâche actuelle de l’humanité est de réaliser la Vérité contenue dans leur enseignement. Le travail avatarique de Meher Baba consiste donc à éveiller de nouveau l’humanité à cette réalisation, au moyen de l’éternel message d’Amour. Sa vie est l’étalon auprès duquel l’homme peut jauger ce qu’il est et ce qu’il est devenu.

Cependant, personne ne sait fondamentalement comment Meher Baba a pu et peut toujours toucher de manière si inattendue ceux qui répondent à son appel et viennent à lui. Tout ce que l’individu ressent, c’est une force puissante capable de balayer les enchevêtrements de la vie, de stimuler et de libérer l’être intérieur d’une façon telle qu’on lui fait instinctivement confiance. L’une des grandes merveilles qui résultent du contact avec Meher Baba est l’acceptation. Charles Purdom, dans son livre The God Man [3] remarque : « Il invite les gens à se regarder eux-mêmes, à accepter leur moi égoïste non pas en tant que bon ou mauvais, intelligent ou stupide, ni en termes de réussite ou d’échec, mais en tant qu’illusion de leur moi véritable, et à cesser de s’identifier à cette illusion. » L’histoire de l’homme en quête de son âme nous a laissé peu d’ouvrages décrivant minutieusement les techniques qui mènent à la découverte de l’âme. Les Discours de Meher Baba constituent une contribution capitale à ce petit nombre de livres. Dans cet ouvrage transmis à ses proches disciples au cours des années 30 et au début des années 40, il décrit les moyens d’incorporer la vie quotidienne à la propre démarche spirituelle individuelle. Il esquisse également la structure de la création, mais seulement dans le but d’éclaircir la relation qui unit l’aspirant à l’Avatar et au Maître. Dans son ouvrage fondamental ultérieur, Dieu Parle, Meher Baba décrit en détail les différents états de Dieu, sa volonté de connaître sa divinité consciemment, et l’important rôle de la création. Les Discours, eux, constituent plutôt un guide pratique de la vie quotidienne, pour ceux qui cherchent à retrouver leur chemin vers l’Unité, après avoir développé la conscience à travers les profondeurs de l’évolution.

Les Discours n’offrent pas seulement la description du chemin spirituel et des disciplines qu’il implique ; ils éclairent aussi puissamment le but pour le pèlerin qui aspire à l’atteindre. Le lecteur découvrira qu’il ne s’agit là nullement d’un mode d’emploi tout prêt et figé à l’usage du développement spirituel. Ils constituent plutôt un rappel de la constante nécessité d’aimer Dieu et de s’abandonner à Lui. L’amour de Dieu est la force qui guide tout au long du chemin, et ce sont cet amour et cet abandon qui permettent d’atteindre finalement le but par la grâce du Maître Parfait. Un tel Maître est le guide expérimenté qui a déjà parcouru tout le chemin, qui connaît la Vérité, et qui dispense la patience infinie, la sécurité, et le rythme régulier permettant au disciple d’atteindre le but.

Ainsi qu’il est décrit en détails dans le discours intitulé « L’Avatar », c’est la manifestation périodique de Dieu en tant qu’Avatar — le Dieu-homme, le Messie, le Bouddha, le Christ, le Rassoul — qui provoque la renaissance spirituelle de l’humanité, car c’est l’Avatar qui dispense un flot spirituel dont les dimensions sont sans limites. Indépendamment de la grâce du Maître Parfait, la grâce de l’Avatar inonde tous et chacun pareillement à chaque pas vers la Vérité, pourvu qu’il y ait amour et désir intenses de Dieu. Ce n’est pas seulement lorsqu’il est physiquement sur la terre que l’Avatar nous guide et nous prodigue sa grâce. Il ne vient pas seulement pour l’humanité qui lui est contemporaine. II vient aussi pour la postérité. Il est constamment accessible et disponible à tous et à chacun afin de nous guider vers la Vérité et dispenser sa grâce. Dans tous les cas, pour atteindre le but et effectuer le saut final du domaine de la dualité à l’expérience permanente de la Réalité une et indivisible, il est indispensable de recevoir la grâce d’un Maître Parfait vivant ou de l’Avatar qui est le Maître Parfait éternellement vivant [4]

Le silence que Meher Baba observa jusqu’à sa mort, le 31 janvier 1969, avait duré quarante-quatre ans. Ses dernières années furent marquées par la grande souffrance physique qui résulta de deux graves accidents automobiles. Le premier eut lieu dans l’état d’Oklahoma, près de Prague, alors qu’il traversait les Etats-Unis en 1952 ; le second en Inde, près de Satara, fin 1956. Lors de chacun de ces accidents, Meher Baba subit de graves blessures qui lui rendirent définitivement la marche et même la station debout, extrêmement pénibles et douloureuses. Cette douleur physique est la manifestation extérieure de l’intense souffrance intérieure que l’Avatar assume pour le bien de l’humanité, chaque fois qu’il vient parmi nous.

Meher Baba passa la majeure partie de ses dernières années en stricte réclusion, et les employa intensément, jusqu’à l’épuisement, à la réalisation de Son oeuvre universelle. En 1968, II annonça que son oeuvre était accomplie et qu’il en était satisfait à 100%. C’est aussi au cours de cette période que l’on vit croître de manière explosive le nombre de ceux qui trouvèrent en lui la clé de la signification de la vie. A sa mort, des milliers de personnes vinrent le voir une dernière fois et rendre hommage à la forme bien-aimée qui demeura exposée sept jours dans le Tombeau, à Meherabad, avant d’y être enterrée. Des milliers d’autres, venues du monde entier, participèrent au darshan de 1969 qui eut lieu d’avril à juin à Poona, et dont iI avait établi le programme plusieurs mois avant sa mort : leur coeur fut inondé de son amour et de sa présence.

Aujourd’hui l’amour de Meher Baba se répand toujours davantage, appelant des personnes de tous les coins du monde, de tous les milieux et de toutes les religions, à chercher la Vérité sous son aimante direction. Si des centaines de centres Meher Baba fonctionnent de par le monde, en Occident les deux principaux ont été personnellement établis par lui : l’un, aux Etats-Unis, « Meher Spritual Center » à Myrtle Beach, en Caroline du Sud, et l’autre en Australie, « Avatar’s Abode » à Woombye, dans l’état de Queensland. Chaque année, des milliers d’aspirants spirituels se rendent dans ces centres et un bien plus grand nombre encore se rend en pèlerinage en Inde, près d’Ahmednagar, sur la Tombe vénérée de Meher Baba ainsi que sur le lieu qui abrita longuement les dernières années de sa vie, Meherazad.

     
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Notes

[1] L’orthographe officielle en est maintenant « Pune ». L’hôpital Sassoon où naquit Merwan était tenu à l’époque par une famille philanthropique juive renommée.

[2] William Donkin : « The Wayfarers » (Ahmednagar, Inde : Meher Publications, 1948. Deuxième édition : San Francisco, Sufism Reoriented, 1969)

[3] C.B. Purdom : « The God Man » (Londres : Allen & Unwin, 1964 ; deuxième édition, Crescent Beach, S.C. Sheriar Press, 1971)

[4] Nous détenons ces propos révélateurs sur cette caractéristique unique de l’Avatar d’être disponible en tous temps de l’un des « mandali » (proches disciples) de Meher Baba. DES.

 
   
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